Interview 3 | 16

Interview d' Andreas Dengel

«Nous allons voir apparaître des écosystèmes logiciels.»

Quelle est la place des logiciels dans le quotidien et l’industrie d’aujourd’hui?

Les logiciels sont omniprésents dans le quotidien et dans l’industrie. Ils pilotent tout. La médecine, les sciences ou encore l’agriculture utilisent les logiciels dans de tout nouveaux domaines d’application. Les moteurs de recherche ont à leur disposition des réseaux sémantiques, nous pouvons parler avec des systèmes et utiliser des systèmes pour reconnaître des textes. Des robots jouent au football en équipe, des voitures roulent sans conducteur. Nous vivons dans un monde tellement imprégné par les logiciels que le monde virtuel est rattrapé par le monde numérique.

Cela ouvre-t-il de nouvelles perspectives intéressantes dans votre discipline?

Il est vrai qu’on assiste à un formidable essor dans notre domaine. Ce qui est aussi certain, c’est que cela implique des risques, et pas que du point de vue technologique. L’initiative récemment lancée par des personnes comme Stephen W. Hawking, Steve Wozniak et Elon Musk en témoigne. Elle a pour but de définir des règles éthiques et morales internationales pour l’utilisation des logiciels et des données à travers le monde.

Quelles ont été les différentes étapes du développement des logiciels au cours des dernières décennies?

La séparation entre les algorithmes et les structures de données est une étape importante qui date des années 1970. Cela a ouvert la voie à l’intelligence artificielle avec la séparation entre la logique et le contrôle. Autre étape importante, qui l’est toujours d’ailleurs, c’est la programmation orientée objets avec des objets qui possèdent une identité et la connaissance de leurs capacités et qui communiquent avec d’autres objets de manière autonome. Les systèmes apprenants sont également une étape. Ils reposent sur l’idée de reproduire le cerveau humain dans des calculateurs avec des réseaux neuronaux.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui caractérise le développement des logiciels?

On observe aujourd’hui de très grandes puissances de calcul, de solides structures de communication et d’importants volumes de données. Désormais, il se met en place des partenariats cybersociaux dans lesquels les personnes sont en lien étroit avec leur identité numérique. À cela s’ajoute aussi l’Internet des objets et des services qui repose sur ces bases.

Quels sont les liens entre les logiciels, la numérisation et l’industrie 4.0?

La numérisation consiste à transformer des données analogiques en valeurs discrètes dans l’objectif de les traiter avec des logiciels et de les convertir en services à valeur ajoutée. L’industrie 4.0 est une portion de ce tableau. Des ordinateurs de la taille d’un demi-pouce et possédant leur propre identifiant connaissent leurs compétences et traitent avec d’autres ordinateurs ou composants, selon leur auto-configuration, pour satisfaire le besoin d’un client. Pour transformer un certain matériau en un certain produit, il faut une chaîne de production individuelle.

À quels développements mus par les logiciels peut-on s’attendre?

Nous allons voir apparaître des écosystèmes logiciels. Ce seront des plateformes ouvertes avec une infrastructure numérique, des interfaces standard et une architecture à laquelle les entreprises, mêmes de petite taille, pourront participer facilement, équitablement et en toute sécurité. Dans ces nouvelles structures, l’intelligence artificielle jouera un rôle important car elles créent des Digital Companions qui, par un apprentissage automatique, en particulier le Deep Learning, utilisent des données non seulement pour catégoriser des aspects rationnels et objectifs, mais aussi pour saisir des émotions comme la joie ou le stress.