Interview 3 | 19

«Le photovoltaïque toujours plus efficace et toujours moins cher»

Interview d'expert avec Professeur Urs Muntwyler

Professeur de photovoltaïque à la Haute école spécialisée bernoise, direction du laboratoire des systèmes photovoltaïques

Où en est l’utilisation de l’énergie solaire en Suisse/Allemagne/Europe?

À ce jour, le photovoltaïque est la source de production d’électricité la moins chère en Europe centrale et en Europe du Sud – le solaire thermique est délaissé au profit d’un photovoltaïque meilleur marché. En Allemagne comme en Suisse, la croissance du photovoltaïque reste pourtant inférieure à son potentiel. Dans les deux pays, il faudrait que soit installée env. cinq fois plus de puissance PV pour leur permettre d’atteindre rapidement les objectifs de leur stratégie énergétique respective. Du point de vue de l’énergie solaire, il est regrettable que partout dans le monde d’importantes subventions soient encore distribuées pour les énergies fossiles plutôt que pour les énergies renouvelables. C’est un frein pour la transition.

À quels défis techniques ou politiques se heurte l’utilisation de l’énergie solaire?

Le photovoltaïque et tous ses sous-systèmes, comme les onduleurs ou les structures de montage, ne cessent de s’améliorer, et gagnent donc aussi en efficacité et compétitivité. Une évolution appelée à se poursuivre dans les décennies à venir. Bien que la technologie soit prête et de plus en plus performante, il reste cependant encore un long chemin à parcourir sur le plan politique avant la décarbonisation. On constate en effet une grande résistance. De plus, l’économie doit intégrer l’efficacité énergétique et les nouvelles énergies renouvelables dans des modèles économiques rentables.

Dans quelle mesure nous dirigeons-nous progressivement vers des systèmes complexes mêlant photovoltaïque, stockage, gestion de l’énergie et solutions d’e-mobilité?

Nombreux sont les utilisateurs de photovoltaïque à ne trouver aucune possibilité d’alimentation attrayante et à vouloir consommer si possible eux-mêmes le courant solaire. L’industrie solaire a donc mis au point, en très peu de temps, un grand nombre de solutions techniques visant à accroître l’autoconsommation. Le modèle basé sur une multitude de petites batteries décentralisées doit désormais faire ses preuves dans la pratique. Aujourd’hui, alimenter sa propre voiture électrique en courant solaire est également très intéressant en termes de coûts.

Quel rôle joueront dans le futur les «prosommateurs», c.-à-d. les particuliers et les entreprises qui produisent et consomment de l’électricité issue de l’énergie solaire?

Les prosommateurs, ainsi que l’augmentation de l’approvisionnement en chaleur électrique et de la mobilité individuelle prennent de plus en plus le pas sur les énergies fossiles. Dans le futur, il n’y aura plus que l’approvisionnement en électricité et, dans certaines grandes villes, le chauffage urbain.

Concernant l’avenir: comment voyez-vous l’utilisation de l’énergie solaire dans les 50 prochaines années?

Dans 50 ans, la plupart des pays seront passés à 100% d’énergies renouvelables produites avec le soleil, le vent et l’eau. Les maisons mais aussi les voitures seront davantage équipées de cellules solaires qui produiront une partie, voire même un surplus, de l’énergie requise pour l’utilisation en question. Les flux de matériaux nécessaires à ce secteur énergétique devront s’inscrire dans une logique de réemploi des matières premières. L’énergie ne sera pas plus chère qu’aujourd’hui et les pays pauvres en matières premières comme la Suisse et l’Allemagne amélioreront leur balance commerciale en éliminant les importations d’énergie. Les pays exportant en premier lieu des énergies fossiles seront désavantagés et devront se repositionner sur le plan socio-économique. Ce secteur des nouvelles énergies renouvelables créera davantage d’emplois dans la production, mais aussi dans les activités en aval au sein de pays consommateurs tels que l’Allemagne et la Suisse.